Exposer l’appartenance

Et voilà, mon exposition, nommée « Appartenance », a eu lieu tout récemment, entre le 23-27 septembre 2026, à la galerie Le 1040 à Montréal. Ce fut ma 2e exposition en 2 ans, la première était en 2024, titrée « Veni Vidi Vici ».

Quel exploit !! Je dis ça, et je dis rien. Ce n’est pas évident, monter une expo!

…Louer la galerie, louer un camion Uhaul, préparer et envoyer les invitations, créer des événements sur les réseaux sociaux,  faire faire les posters, appliquer pour les permis d’alcool, acheter et préparer la nourriture, aller chercher l’alcool en vrac (et devoir dire adieu pour de bon à ma voiture, qui a décidé à ce moment-même de finir ses jours sur cette terre) , loader le Uhaul, apporter tous les œuvres à la galerie, les installer, préparer les tables pour le vernissage et le finissage, désinstaller les œuvres, et j’en passe!!

Mais quelle expérience. Inoubliable. Enrichissante. Exaltante. Euphorique.

Pourquoi le thème d’appartenance? Je vous partage une partie du texte descriptif de l’expo :

Appartenance

(À) (PART) (TENIR)

Ce mot évoque un contraste dichotomique entre ce que j’aspire, et ce que je suis (parfois/souvent). Ce mot tant évocateur, peut se décomposer pour signifier le contraire : Soit que j’appartiens, ou que je me tiens à part.

Ma vie a toujours été une quête; quelle est ma valeur, quelle est ma tribu? Qui suis-je?

J’ai passé la grande majorité de ma vie à essayer de me définir, souvent à travers le regard des autres. J’ai essayé, au fils des ans, tant bon que mal, de « fitter » ; avec ma famille, mes pairs, mes proches, et les différentes communautés qui m’entourent.

« FITTER » = TO FIT IN = BELONGING (LONGING TO BE?)

Qui suis-je?

                                   

C’est à travers mes créations et mes peintures, poursuite solitaire que c’est, avec mes pinceaux et mes couteaux à palettes que je me retrouve, et que mon sentiment d’appartenance se révèle.

C’est également à travers mes œuvres que je pose cette question. Comment se manifeste, en abstraction, ce sentiment d’appartenance, ou de discordance? Comment cette vision dichotomique peut être évoquée dans l’abstrait, par le biais de formes et de couleurs?

Ces formes peuvent-elles se rejoindre? Quelles sont les obstacles, ou les fils conducteurs? Quelle est la couleur ou la forme qui me représente? Est-ce que l’une ou l’autre est vue, conçue et comprise de la même manière à travers les yeux de l’autrui? Est-ce le chaos, ou l’harmonie? Suis-je/ sommes-nous à part, ou unis?

                 

Sachez qu’en effet, je cherche à me définir, comme personne, comme artiste. Puis-je même me définir comme artiste? Oui, certes, mes études universitaires de premier cycle étaient en arts visuels, (peinture et sculpture) et oui, j’étais, à ce moment de ma vie, investie à 100 % dans cette démarche. Mais, bon, la vie, elle, a des fois d’autres plans pour nous. Notamment, payer mes factures et nourrir mon enfant. J’aime manger.

(Un souvenir me revient d’une installation performative que j’ai fait lors de mes cours à Concordia… J’avais créé une série de rideaux grand format ; un fait de souliers de talons hauts, un de moppes à plancher, un de bouteilles de lait, un autre de boites de Kraft Dinner et le dernier de bouteilles de Tylenol. J’avais recruté une 10aine d’enfants de 8 ans, et avec des pancartes, qui ont manifesté, en criant le mantra « No more Kraft Dinner, we want lobster! »)

Après mon Bacc, j’ai dû me réorienter. Une carrière d’électricienne. Une implication syndicale. Une autre carrière dans le domaine de la santé et sécurité. Le militantisme politique.  Et 20,000 autres choses entrelacées. J’ai laissé de côté ma carrière artistique. Mon besoin de créer.

Parlons donc du besoin de créer… de mon besoin de créer. Est-ce un besoin, ou un désir? Oui, un besoin. Mon sens, mon équilibre, ne se retrouve que lorsque que je crée… que cela soit à travers l’écriture, la cuisine, la sculpture, ou la peinture. Mais où je rentre dans ma bulle, où je suis dans mon état de paix, de joie, de connexion avec moi-même et le monde extérieur, c’est lorsque que je peins. C’est ce qui me donne des frissons. Et des frissons, d’une magnitude d’un tsunami, je ne les ai ressentis de cette intensité que lorsque je peins ou lorsque  j’ai visionné des œuvres de certains peintres… abstraits!

                       

Souvenir d’enfance… Mon père m’a amené au Musée d’art contemporain de Montréal, lorsqu’il était situé à Cité du Havre, à côté des bâtiments d’Habitat 67. J’avais environ 6 ans. À l’entrée, il y avait un escalier magistral, qui menait au 2e étage. En haut, il y avait des tableaux de Riopelle et de Borduas. J’étais immédiatement attirée vers eux, et je suis tombée dans une trance. Je me suis dit à moi-même, « je veux faire comme eux, quand je suis grande ».

Souvenir plus récent… Je suis allée voir l’exposition de l’artiste autochtone, Alex Janvier, à la Galerie nationale du Canada à Ottawa, en 2017. Au début de l’expo, à l’entrée, il y avait une série de ses tableaux ronds, abstraits. Même avant d’entrer dans les pièces, pour voir ses œuvres, je me suis sentie époustouflée, envahie, abasourdie… des frissons incontrôlables, des larmes à ne plus finir.   Même à y penser, aujourd’hui, j’ai toujours les larmes aux yeux, c’était si intense.

J’ai voulu retourner à mes racines, j’ai voulu peindre à temps plein, j’ai voulu retourner aux études, et faire une maîtrise en arts visuels. Tout récemment, j’ai envoyé ma demande d’admission à 3 universités proche de chez moi- Concordia, UQAM et UQTR. J’ai été rejeté à 3 reprises. Suffit-il de dire que j’étais dévastée. Est-ce que je suis une fraude? Est-ce que j’ai ma place dans le milieu artistique? Le syndrome d’imposteur s’est manifesté à 1000 %.  J’ai arrêté de créer. Je suis entrée dans une déprime. J’ai dû me poser les dures questions; pourquoi est-ce que j’ai été refusée l’admission aux universités? Pour Concordia, c’était un no-brainer, c’est super contingenté, avec seulement 6 places. Mais les autres? Avec du recul, j’ai pu voir que les œuvres que j’ai présentés n’étaient pas les meilleurs, pas assez poussés. Et surtout, que ma lettre d’intention, elle, était médiocre, to say the least.  Je ne me suis pas du tout vendu, et mes idées n’étaient pas assez développées, approfondies.

J’ai dû aller me ressourcer, retrouver le goût de peindre. C’est ce que j’ai fait, et je me suis replongée dans la création. Cela a dénoué à mon exposition, sur l’appartenance.

Bon, revenons à nos moutons, mon exposition!

C’était assez impressionnant de voir l’étendu de mon travail artistique, sur les murs. Il y a un fils conducteur qui identifie mon style, et j’’en suis fière. Voici les liens d’un vidéo sur Facebook https://www.facebook.com/reel/2038332146887250  ou  Instagram https://www.instagram.com/p/DeUhLYmhz-u/?hl=en , si vous n’y étaient pas! La première journée, le vernissage, il y a eu moins de personnes de prévu qui ont assisté, mais au courant de la semaine, j’ai fait des rencontres exceptionnelles, avec toutes sortes de personnes, notamment de jeunes artistes. Ce qui m’a marqué, c’est que lorsque j’ai posé la question, si elles étaient artistes, elles ont toutes hésité à répondre, et à dire oui. Cela semble être un lien commun, de se douter, lorsqu’on est artiste. Ces personnes m’ont partagées sur quoi elles travaillent, et ça m’a tellement impressionnée.

Le samedi, était consacré à une journée de conversations, sur des trucs et astuces pour démystifier et apprécier l’art abstraite. J’ai fait de nombreuses lectures et préparé mon discours; j’ai imprimé des articles, et j’ai apporté des livres sur ce sujet.  Mais pour être honnête, j’ai eu ces conversations tout le long de mon expo…. Avec des gens déjà convaincus… je prêchais pour ma paroisse. Néanmoins, ce fut des conversations ultra stimulantes.

Psst! Restez à l’affut, vous allez sûrement voir des futurs écrits et vidéos! Ce que je chercherais à faire, c’est de donner des outils pour qu’une personne qui se sent démunie face à des œuvres abstraits, puisse développer une relation et une vraie connexion (que cela soit cérébrale ou émotive) avec ces œuvres.

Bon, revenons à nos moutons, mon exposition!

Je vous partage la deuxième partie du texte descriptif de l’expo :

Appartenance nourricière
Que sont les éléments dans la vie qui évoquent un sentiment d’appartenance? Souvent, c’est à travers des souvenirs, ceux qui éveillent tous nos sens; les couleurs et textures, les odeurs, sensations au toucher et goûts; souvent, par le biais de ce qui nous nourrit, autour d’une table, seule ou avec des proches. Je cherche à recréer des souvenirs gustatifs, en évoquant les émotions qui y sont rattachées.  Je cherche à tisser des liens entre moi-même et mes proches, mes souvenirs de repas qui ont comblé corps et âme, où je me suis sentie éveillée, unie et complète.  Et pour la personne qui contemple ces œuvres, se sent-elle également éveillée? Sommes-nous en harmonie, elle et moi? Appartenons-nous ensemble?

               

Ici, dans ces œuvres d’appartenance nourricière, j’ai fait le lien avec mon autre passion créative, c’est-à-dire, faire à manger, cuisiner, faire des repas qui viennent nous toucher, qui nous font vibrer, qui sont des explorations sensorielles. Cette série évoque en moi, une manière de jumeler mes deux raisons d’être, et ma quête d’appartenance.

               

Mais bon… Vous vous poser la question, sûrement!  Mis à part les rencontres que j’ai faites, est-ce que j’ai vendu des œuvres? Est-ce que tout le travail d’organisation, et l’argent déboursé, est-ce que cela a valu la peine? Du moins, monétairement? Alors, sans trop de suspens, oui, j’ai vendu des œuvres. Rien de super majeur, la plupart des (relativement) petits tableaux, et une table de mosaïque. J’ai rentabilisé mes dépenses, et j’ai fait un très petit profit (sur ce que j’ai dépensé). Cependant, ce profit ne se répercute pas sur les œuvres vendus, si on doit calculer les matériaux et le temps que cela a pris pour peindre ces tableaux.

         

La question qui tue! Est-ce que cela a valu la peine? Tout le travail, l’énergie, l’argent dépensé, et tout et tout et tout?

La réponse est un OUI !! Sans équivoque!

Est-ce que je ferais une autre exposition, bientôt?

Laissez-moi le temps de prendre mon souffle, de travailler sur d’autres œuvres. Aussitôt que je me sente prête, la réponse est un OUI !! Sans équivoque!

                 

Est-ce que j’ai l’intention de refaire une demande d’admission l’année prochaine, ou l’année suivante, pour une maîtrise en arts visuels?

La réponse est un OUI !! Sans équivoque!

Et finalement, est-ce que j’ai pu me convaincre que j’appartiens dans le milieu artistique?

La réponse est un OUI !! Sans équivoque! (sort of… ).